«On noie la question centrale du dossier», selon l’avocate des parents de Mawda

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L’avocate de la famille de Mawda dénonce «
une diatribe de technicité
» qui occulterait le «
véritable enjeu de l’affaire
».

L’avocate de la famille de Mawda dénonce « une diatribe de technicité » qui occulterait le « véritable enjeu de l’affaire ». – Belga.

C’est un exercice délicat, auquel s’est attelé le Comité permanent P : décortiquer la course-poursuite du 17 mai 2018 de la camionnette transportant Mawda, la petite migrante décédée d’une balle policière, sans empiéter sur l’enquête judiciaire.

Les conclusions de l’organe de contrôle de la police ont été présentées mardi matin aux députés. Le rapport a été publié en ligne dans la foulée.

Le comité P évacue l’enjeu le plus central, à savoir le tir du policier, sous l’argument de l’enquête en cours. Il s’étend en revanche longuement sur le problème de radiocommunication et sur l’opportunité de tir dans le cadre d’une course-poursuite.

Sur ce point, l’organe de contrôle de la police est formel : un manuel qualifie notamment « de hasardeux l’exercice consistant à atteindre une cible en mouvement à partir d’une position elle-même en mouvement ». Une note de l’administration policière « déconseille fortement » de tirer dans le pneu d’un véhicule en fuite. Indépendamment des intentions du policier-tireur (visait-il bien le pneu ? De quelles informations disposait-il sur les passagers ?), le Comité P fustige l’idée même de sortir une arme de service dans ces circonstances.

Le policier tireur affirme qu’il ne savait pas que la camionnette transportait des personnes. Au sujet de la communication de cette information cruciale, les témoignages ne sont pas concordants, notamment entre le centre de coordination et la voiture du policier qui a tiré. Le rapport ne tranche pas, car le système n’a pas enregistré les conversations. D’après le texte, il s’agit d’un problème technique qui s’était déjà produit et qu’on croyait résolu.

Recommandations non suivies

Dans un rapport de 2017 (avant le drame, donc), le Comité permanent P s’était déjà étendu sur les problèmes qui pouvaient survenir lorsque plusieurs équipes de police chassent le même véhicule. « Le Comité P nous a fait part de sa grande déception qu’aucune de ses recommandations de 2017 n’avait été suivie d’effets », révèle un membre de la commission parlementaire de suivi.

 Comprendre l’affaire Mawda en 5 points

« La police fédérale accepte les conclusions, tant positives que négatives, de l’enquête de contrôle, a réagi mardi par communiqué l’institution policière. Les conclusions de cette enquête, et les recommandations qui les accompagnent, seront prises en compte et transposées dans des directives pratiques. »

Et puis… il y a toutes les questions auxquelles le rapport publié mardi ne répond pas. Il ne se penche pas sur la gestion après le tir et l’arrêt de la camionnette, laissant là encore une série de questions en suspens : comment se fait-il que le policier tireur n’ait pas été entendu pour identifier le chauffeur de la camionnette ? Pourquoi Mawda a-t-elle été emmenée à l’hôpital, séparée de ses parents, alors qu’il semblerait qu’elle était déjà décédée avant de monter dans l’ambulance ? Comment les migrants présents dans la camionnette ont été pris en charge ?

Balise GPS

« Nous avons demandé et obtenu un rapport complémentaire sur cet aspect », explique Georges Dallemagne (CDH). Il est attendu d’ici un mois et devrait s’inspirer largement du travail du Comité – toujours en cours – sur la gestion des migrants après le tir, réclamé par le Centre fédéral migration (Myria). Le Comité P va également poursuivre son enquête sur la présence « interpellante » d’une balise GPS sur la camionnette. Les parquets de Dunkerque et de Flandre-Orientale travaillaient depuis février 2018 sur le réseau de passeurs et pistaient la camionnette. Une information, qui aurait pu pousser les policiers à interrompre leur poursuite, que les policiers belges n’avaient pas en leur possession.

À la lecture de ce rapport, l’avocate de la famille de Mawda dénonce « une diatribe de technicité »  : « Derrière des termes abscons, on noie la question centrale du dossier, qui est qu’une petite fille de deux ans est morte, réprouve Selma Benkhelifa. « C’est important que le rapport souligne clairement que le tir était inadéquat, dit-elle. Mais il ne dit rien sur ce qui mène à ce drame. Que se passe-t-il dans les formations des policiers pour qu’ils pensent devoir sortir leur arme dans ces conditions ? On envoie les policiers à la chasse aux migrants, cet aspect est totalement occulté », regrette l’avocate.

Reconstitution espérée

Côté judiciaire, l’enquête continue. La juge d’instruction est toujours dans l’attente du transfert du chauffeur présumé de la camionnette, un Irakien de 25 ans arrêté au Royaume-Uni et dont l’ADN a été retrouvé sur le volant et le levier de vitesse. Le parquet général de Mons confirme : « La juge d’instruction souhaite entendre ce suspect pour le confronter aux autres témoignages, au rapport balistique et, enfin, réaliser une reconstitution » de la nuit du drame, précise Ignacio De La Serna. Le chauffeur présumé, incarcéré en Grande-Bretagne, multiplie les recours contre son extradition.

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