Tentative de clarification sur la campagne pour une commission d’enquête parlementaire

Dans le volet liégeois de l’affaire Mawda, 6 jeunes hommes kurdes irakiens, compagnons d’exil des parents de Mawda sont poursuivis et incarcérés pour aide au passage. Leur sort reste toujours indéterminé alors qu’ils devraient être considérés comme des victimes de la politique « MEDUSA » et régularisés à ce titre. Or après avoir purgé des peines plus longues qu’en France et en Angleterre, ils seront expulsés de notre pays. Ils paieront ainsi une triple peine.
Nous, le Comité Mawda – Justice et Vérité, avons été particulièrement interpellés par la vidéo de #Justice4Mawda qui entend poser au parlement la question suivante : « à quoi servent les opérations Medusa qui se focalisent sur les migrants plutôt que sur les trafiquants ? ». Outre le caractère abstrait des « poursuites » que cette différence de traitement implique concrètement sur les terrains d’opérations policières et judiciaires, la lutte contre les « trafiquants » est une lutte contre le passage qui ne peut avoir comme effet que de rendre ceux-ci plus difficiles, plus dangereux et plus meurtriers. En effet, comme nous n’avons eu de cesse de le répéter (voir textes, cartes blanches et conférences organisées avec de nombreux experts et activistes), la construction de la figure du « passeur », depuis près de 30 ans, a eu pour effet de criminaliser les migrants. Très concrètement, un nombre de plus en plus important de morts aux frontières, mais aussi de plus en plus de migrants sont aujourd’hui incarcérés au nom de cette lutte contre les « trafiquants » qui entraine donc une augmentation du volume des peines contre les migrants. Nous ne pouvons décemment accepter d’être associés à une telle initiative.
Cette terminologie rappelle d’ailleurs celle de Myria, un acteur qui ne manque pas de se porter parties civiles au nom d’une lutte « contre les trafiquants » et qui pourrait être entendu dans la cadre d’une commission d’enquête parlementaire, comme rouage essentiel de cette politique raciste des poursuites.
Le Comité Mawda – Justice et Vérité est en divergence avec ces énoncés. Notre campagne pour une commission d’enquête parlementaire s’appuie sur une pétition et un certain nombre de textes, conférences et vidéos qui balisent clairement ce qui devrait être le cadre d’investigation d’une commission d’enquête parlementaire aux compétences élargies. Le comité porte depuis plus de deux ans l’exigence d’une commission d’enquête parlementaire. En effet, sur base de l’enquête de Michel Bouffioux, les versions mensongères de la police, les faux PV, les accusations de rébellion armée, le rôle du magistrat de garde, l’arrestation de deux migrants kurdes irakiens, camarades d’exil des parents de Mawda, en tant que co-auteurs du meurtre, l’absence d’inculpation du policier, le changement de version du co-équipier du policier, les coalitions de fonctionnaires, les tentatives d’influencer des témoins, les tentatives de reconstitution des faits en dehors du contexte, la découverte d’une balise GPS sous la camionnette, la séparation du dossier, etc. indiquent depuis longtemps que l’instruction ne pourra aboutir qu’à un procès qui diluera les responsabilités dans la mort de Mawda. Nous avons depuis deux ans interpellé les présidents de parti et un certain nombre de parlementaires sur la nécessité de mener une telle commission en parallèle de l’instruction. Nous avons ensuite intensifié cette exigence à l’issue de l’instruction. Nous avons également publié une carte blanche en novembre dernier qui portait clairement l’exigence d’une commission d’enquête parlementaire, texte signé par plus de 50 associations et 150 personnalités académiques, associatives et artistiques : https://www.levif.be/…/jus…/article-opinion-1358109.html. Depuis, avec les associations partenaires de la semaine Mawda, activités qui ont précédé le procès, nous avons transformé ce texte en pétition pour renforcer la campagne pour une commission d’enquête parlementaire. La veille du rendu du jugement en première instance nous avons publié une nouvelle carte blanche intitulée : « pas de justice pour Mawda sans commission d’enquête parlementaire » : https://www.levif.be/…/pas…/article-opinion-1391077.html
Dans un contexte de renforcement de la lutte contre les migrants (cf. notre texte récent signé avec le Groupe Montois de Soutien aux Sans-Papiers, le Refugee Women’s Centre et la campagne Solidarity is not a crime : « l’aide au passage n’est pas un délit »), la NVA prépare d’ailleurs un texte de loi visant à faire de toutes les personnes qui montent dans des camions à destination de l’Angleterre des « passeurs » et donc par extension des « trafiquants », la dénonciation abstraite des passeurs/trafiquants de #justice4mawda est dangereuse s’il s’agit de lutter concrètement contre cette politique raciste. Cette dénonciation constitue en outre une régression dans l’histoire des luttes autour de la question migratoire.
Il nous parait essentiel de mener cette campagne pour une commission d’enquête parlementaire sur des bases politiques claires, discutées et stratégiquement réfléchies afin d’éviter de prêter le flan aux manœuvres de récupération et de flou politique.
Comité Mawda – Justice et Vérité.

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